"Être sauvé, c'est avoir une vie amplifiée, épanouie et qui porte du fruit pour les autres"

Les célébrations de Noël sur le secteur de Blaye : un millier de personnes rassemblées pour fêter la Naissance du Sauveur. Retrouvez ici toutes les photos et l'homélie de Monsieur l'Abbé Thierry Gouze, diacre, prononcée à la messe de la nuit.

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Homélie de la messe de la nuit à Cartelègue

« Aujourd’hui dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur »

Mes Frères, ne cessons pas de méditer, en cette nuit de Noël, ces paroles de l’ange aux bergers. L’ange leur donne le motif de l’incarnation : si Dieu, le Père nous a envoyé́ son Fils, c’est pour notre salut. L’ange dit bien « Aujourd’hui » qui marque l’accomplissement total, cet aujourd’hui est actuel au sens de toujours agissant.

Toujours dans les écrits évangéliques l’incarnation est liée au salut. Jésus- Christ vrai Dieu et vrai homme dans l’unité́ de sa Personne divine est l’unique Médiateur entre Dieu et les hommes. Mes Frères, avant de poursuivre notre méditation, je vous propose un exemple pour essayer d’éclairer ce qu’est le salut.

Imaginez que vous êtes sur le bord d’un lac et que vous apercevez un ami qui est en train de se noyer. Vous vous dépêchez car vous savez qu’il ne sait pas nager. Heureusement, vous arrivez à temps et vous lui tendez la main. Votre ami est hors de danger. Dans le langage biblique, vous l’avez "délivré́ du mal". Comme la dernière phrase du Notre Père : « Mais délivre-nous du Mal. » Votre ami était dans une situation qui menaçait sa vie. Vous l’avez délivré́ de ce mal. Continuons l’exercice d’imagination. Supposons que vous dites à votre ami : « Il serait temps que tu apprennes à nager » et qu’il accepte votre proposition. Après quelques cours, votre ami est capable de nager. Il peut maintenant se lancer dans l’eau en toute sécurité́. Dans le langage biblique, en lui apprenant à nager, vous l’avez non seulement délivré́ du mal, vous l’avez sauvé. Votre ami est sauvé car il a appris à être autonome lorsqu’il est dans l’eau. Grâce à vous, il a pris une nouvelle stature, une nouvelle dimension.

Et lui aussi, à son tour, il pourra délivrer des personnes de ce mal, de la noyade. Vous avez délivré́ du mal votre ami et, en plus, en lui apprenant à nager, vous lui permettez de porter du fruit pour les autres. C’est ça, être sauvé. C’est beaucoup plus que de se faire sortir du trouble. Être sauvé, c'est avoir une vie amplifiée, épanouie et qui porte du fruit pour les autres.

Laissons notre exemple et revenons maintenant où nous entendons le message de l’Ange : « Aujourd'hui vous est né un Sauveur. »

Jésus est sauveur. Si Jésus est notre sauveur, c’est qu’il veut que nos vies soient amplifiées, épanouies et qu’elles portent du fruit pour les autres. Comment Jésus a-t-il pu nous sauver ? En donnant sa vie pour nous. C’est ce que nous avons lu dans la lettre de St Paul à Tite : Jésus s'est donné pour nous ... pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien. Cette grâce nous apprend à rejeter le péché́ et les passions d'ici-bas, pour vivre dans le monde présent en hommes raisonnables, justes et religieux.

Jésus s’est donné. Sa vie a été́ un don. D’ailleurs, je vous fais remarquer qu’à sa naissance, il a été́ déposé́ dans une mangeoire, un récipient pour la nourriture des animaux. Dès le premier jour de sa vie, Jésus était destiné à s’offrir en « nourriture » aux autres. Il a offert sa vie pour nous apprendre que vivre, c’est donner sa vie.

Il s’est donné à nous pour que nous puissions « donner au suivant ». Saint Paul nous dit que cette grâce d’un Dieu qui se donne nous apprend à vivre en hommes raisonnables c’est-à-dire à vivre dans la modération. Sans la modération, je ne pense pas à l’autre. Être raisonnable, vivre la modération, c’est vivre en me préoccupant de l’autre. Jésus s’est donné à nous pour nous apprendre à penser aux autres et à vouloir le meilleur pour eux.

Alors me direz-vous est-ce possible pour nous de faire un pas de plus dans cette capacité́ de ressembler à Jésus ? Est-ce possible de voir nos vies amplifiées, élargies, épanouies et fécondes pour les autres ? Oui c’est possible, car la grâce qui s’est manifestée il y a deux mille ans est toujours active. Nous pouvons faire appel à cette grâce. Celui que les bergers ont contemplé jadis est là pour nous, ce soir. Il est notre sauveur.

Cependant, devant le spectacle du mal dans le monde, nous avons parfois l’impression que la messe de Minuit n’est qu’une parenthèse sentimentale en dehors de la vraie vie. En sortant de l’église, c’est facile de retomber dans le découragement, le fatalisme et de se dire qu’il n’y a rien à faire. La messe de Minuit ne doit pas être une parenthèse. Elle peut être un tremplin pour nous. La Parole de Dieu nous dit que la grâce nous apprend à rejeter le péché́ et les passions d’ici-bas. Nous n’appartenons pas au péché et aux passions. Nous ne sommes pas les esclaves de nos pulsions. Nous ne sommes pas enfermés dans nos erreurs du passé́. La grâce de Dieu est là pour nous et elle oriente nos regards vers l’avant.

Ce soir, nous contemplons un enfant dans une crèche. Dans l’eucharistie que nous célébrons en cette nuit de Noël, ce n’est pas un enfant qui se donne à nous mais un homme vivant qui veut que nous soyons de plus en plus vivants. Il veut faire de nous des êtres non seulement vivants mais des êtres vivifiants. Le ressuscité se donne à nous ce soir pour nous apprendre à vivre dans le monde présent en hommes raisonnables, justes et religieux et pour faire de nous un peuple ardent à faire le bien.

Jésus ressuscité se donne à nous, corps et sang, pour que nos vies soient amplifiées, épanouies et porteuses de fruit pour les autres.

Dieu le Père nous donne son Fils en cadeau pour nous apprendre à faire de nos vies des cadeaux pour les autres.

En cette nuit de Noël, rendons grâce au Père de nous avoir donné́ son Fils qui nous sauve. Rendons-lui grâce de nous le donner encore ce soir, dans l’eucharistie. Que l’Esprit Saint vienne se joindre au Père et au Fils pour que la grâce se manifeste de nouveau, en cette sainte nuit, et qu’avec le secours de la prière de la Vierge Marie, cette grâce fasse de nous une éternelle offrande à sa gloire. AMEN

Abbé Thierry Gouze, diacre