Dédicace de l'autel de l'église Notre Dame de Mazion

Samedi 16 avril 2016 à 18h00, Monseigneur Jean-Pierre Ricard a présidé la messe pour la dédicace de l'autel en l'église Notre Dame de Mazion.

La dédicace de l'autel

 

I. NATURE ET DIGNITE DE L’AUTEL

Les pères de l’Église, ayant médité la parole de Dieu, n’ont pas craint d’affirmer que le Christ a été la victime, le prêtre et l’autel de son propre sacrifice1En effet, dans la lettre aux Hébreux, le Christ est présenté comme le grand prêtre et, en même temps, comme l’autel vivant du Temple céleste2 ; dans l’Apocalypse, notre Rédempteur apparaît comme l’Agneau immolé3, dont l’offrande est portée par les mains de l’ange sur l’autel céleste4.

Le chrétien, lui aussi autel spirituel

Puisque le Christ, Chef et Maître, est le véritable autel, ses membres et ses disciples, eux aussi, sont des autels spirituels sur lesquels est offert à Dieu le sacrifice d’une vie sainte. C’est ce que l’on voit exprimé chez les Pères ; ainsi saint Ignace d’Antioche lorsqu’il adresse aux Romains cette belle demande 

« Ne me procurez rien de plus que d’être offert en libation à Dieu, tandis que l’autel est encore prêt5 »

Ou saint Polycarpe, lorsqu’il exhorte les veuves à vivre saintement, elles « qui sont l’autel de Dieu6 ». A ces paroles répondent d’autres voix, dont celle de saint Grégoire le Grand qui enseigne :

« Qu’est-ce que l’autel de Dieu, sinon l’âme de ce qui vivent selon le bien ? … C’est donc à juste titre qu’on appelle le cœur (des justes) un autel de Dieu »7.

Ou bien selon une image fréquente chez les écrivains ecclésiastiques, les chrétiens qui s’adonnent à la prière, présentent à Dieu des implorations, et lui offrent les victimes de leurs supplications, sont les pierres vivantes avec lesquelles le Seigneur Jésus bâtit l’autel de l’Eglise8.

L’autel, table du sacrifice et du repas pascal

Le Christ Seigneur, instituant le mémorial du sacrifice qu’il allait offrir au Père sur l’autel de la croix, sous la forme d’un banquet sacrificiel, rendit sacrée la table où les fidèles se réunissaient pour célébrer sa Pâque. L’autel est donc la table du sacrifice et du repas, où le prêtre, tenant la place du Christ Seigneur, accomplit ce que le Seigneur lui-même a fait et a transmis à ses disciples pour qu’ils le fassent en mémoire de lui ; ce que l’Apôtre a mis excellemment en lumière, en disant :

« La coupe d’action de grâce que nous bénissons, n’est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ ? Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain. »9.

L’autel, symbole du Christ

Partout, selon les circonstances, les fils de l’Église peuvent célébrer le mémorial du Christ et prendre place à la table du Seigneur. Mais il est conforme au mystère eucharistique que les fidèles érigent un autel stable pour célébrer la Cène du Seigneur, ce qui s’est fait dès l’antiquité.

L’autel chrétien, par sa nature même, est la table réservée au sacrifice et au repas pascal :
- l’autel particulier où le sacrifice de la croix se perpétue à travers les siècles, jusqu’à ce que le Christ vienne ;
- la table autour de laquelle se rassemblent les enfants de l’Église, pour rendre grâce à Dieu et consommer le corps et le sang du Christ.

Dans toutes les églises, l’autel est donc « le centre de l’action de grâce qui s’accomplit pleinement par l’Eucharistie »10 et autour duquel, en quelque sorte, s’organisent les autres rites de l’Église11.

Du fait que c’est à l’autel que se célèbre le mémorial du Seigneur et que sont offerts aux fidèles son corps et son sang, les écrivains ecclésiastiques on vu dans l’autel comme un symbole du Christ lui-même, ce qui a justifié l’adage :

« L’autel, c’est le Christ ».

L’autel honore les martyrs

Toute la dignité de l’autel consiste en ce que l’autel est la table du Seigneur. Ce ne sont pas les corps des martyrs qui honorent l’autel, c’est l’autel qui rehausse le sépulcre des martyrs. En effet, pour honorer les corps des martyrs et des autres saints, ainsi que pour signifier que le sacrifice des membres du corps trouve sa source et son modèle dans le sacrifice du Chef12, il convient de bâtir les autels sur leurs sépulcres ou bien d’ensevelir leurs reliques sous les autels, de telle sorte que

« les victimes triomphales s’avancent vers le lieu où se trouve le Christ victime. Mais lui, qui a souffert pour tous, sur l’autel ; et eux, qui ont été rachetés par sa passion, sous l’autel »13.

Cette disposition semble reprendre en quelque sorte la vision de l’Apôtre Jean dans l’Apocalypse :

« J’ai vu sous l’autel les âmes de ceux qui avaient été immolés à cause de la parole de Dieu et du témoignage qu’ils avaient porté »14.

Car, bien que tous les saints méritent d’être appelés témoins du Christ, cependant il y a une force spéciale dans le témoignage du sang que seules les reliques des martyrs déposées sous l’autel expriment complètement et intégralement.


II. LA CONSTRUCTION DE L’AUTEL

Il convient que dans toute église il y ait un autel fixe ; dans les autres lieux voués au culte, un autel fixe ou un autel mobile. L’autel est appelé fixe s’il est construit de telle sorte qu’il adhère au pavement et ne puisse donc être déplacé ; on l’appelle mobile s’il peut être déplacé15.

Dans les églises nouvelles, il importe de n’ériger qu’un seul autel, pour que le rassemblement de tous les fidèles auprès de l’autel unique manifeste que Jésus Christ est notre seul Sauveur et que l’Église a une seule Eucharistie.

Cependant, dans une chapelle, séparée en quelque manière, si possible, de la nef de l’église, où l’on établit le tabernacle de la réserve eucharistique, on pourra ériger un second autel, où la messe pourra même être célébrée en semaine pour un petit groupe de fidèles.

On doit éviter absolument d’ériger plusieurs autels à seule fin de décorer l’église.

On construira l’autel séparé du mur, afin que le prêtre puisse facilement en faire le tour et célébrer face au peuple.

« On pourra lui donner l’emplacement qui en fera vraiment le centre où convergera spontanément l’attention de toute l’assemblée des fidèles »16.

Selon l’usage traditionnel de l’Église et le symbolisme biblique de l’autel, la table de l’autel fixe sera en pierre, et en pierre naturelle. Cependant, on peut employer pour la construction de l’autel un autre matériau digne, solide et artistiquement travaillé, au jugement des Conférences épiscopales. Les colonnes ou la base soutenant la table peuvent être de n’importe quel autre matériau, pourvu qu’il soit digne et solide17.

En vertu de sa nature même, l’autel est consacré à Dieu seul, car le sacrifice eucharistique est offert à Dieu seul. C’est dans ce sens que doit être comprise la coutume de l’Église de consacrer des autels à Dieu en l’honneur des saints ; c’est ce que saint Augustin définit exactement lorsqu’il dit :

« Nous n’établissons d’autel pour aucun des martyrs, mais pour le Dieu des martyrs »18.

Cela doit être expliqué clairement aux fidèles. Dans les églises nouvelles, on ne placera pas de statues ou d’images des saints au-dessus de l’autel. De même on ne déposera pas sur la table de l’autel des reliques de saints pour les proposer à la vénération des fidèles. Il sera bon d’observer l’antique tradition romaine d’ensevelir des reliques de martyrs sous l’autel19. On notera cependant ceci :

a. Ces reliques seront assez grandes pour qu’on puisse comprendre qu’elles sont les restes de corps humains. On doit donc éviter d’ensevelir des reliques minuscules du corps d’un ou de plusieurs saints.

b. On examinera avec le plus grand soin si ces reliques sont authentiques. Il vaut mieux consacrer un autel sans y mettre de reliques que d’y déposer des reliques d’authenticité douteuse.

c. Le coffret des reliques ne doit pas être déposé sur l’autel ni dans la table d’autel, mais, enfermés sous l’autel, en tenant compte de la forme de celui-ci. Là où se fait le rite de la déposition des reliques, il convient fort de célébrer une veillée auprès des reliques du martyr ou du saint.


III. CELEBRATION DE LA DEDICACE

Le ministre du rite

C’est à l’évêque qui a reçu la charge d’une Église particulière qu’il revient de consacrer à Dieu de nouveaux autels dans son diocèse.

La messe de la dédicace

La célébration eucharistique est intimement liée au rite de la dédicace d’un autel. On dit la messe « pour la dédicace d’un autel ». 

Les différentes parties du rite

Rites d’entrée

Liturgie de la Parole

Prière de dédicace et onction de l’autel

La déposition des reliques

Après le chant des litanies, si on l’a prévu ainsi, les reliques de martyrs ou d’autres saints sont déposées sous l’autel, pour symboliser que tous les hommes qui ont été baptisés dans la mort du Christ, mais surtout ceux qui ont versé leur sang pour le Seigneur, participent à la passion du Christ.

La prière de dédicace

La célébration de l’Eucharistie est le rite essentiel et même le seul nécessaire pour consacrer l’autel. Cependant, on dit aussi une prière spéciale de dédicace, qui exprime la volonté de consacrer l’autel à Dieu pour toujours et où l’on demande sa bénédiction.

Les rites de l’onction, de l’encensement, de la parure, de l’illumination de l’autel

Les rites de l’onction, de l’encensement, de la parure et de l’illumination de l’autel expriment par des signes visibles quelque chose de cette opération invisible que le Seigneur accomplit dans son Église lorsqu’elle célèbre les mystères divins, et en particulier l’Eucharistie.

a. L’onction de l’autel : Par l’onction du chrême, l’autel devient le symbole du Christ qui, plus que tout autre, est « Oint » et est appelé ainsi, car le Père l’a oint par le Saint-Esprit et a fait de lui le Souverain Prêtre, qui devait offrir sur l’autel de son corps le sacrifice de sa vie pour le salut de tous les hommes.

b. L’encens est brûlé sur l’autel pour signifier que le sacrifice du Christ, qui se perpétue sacramentellement en ce lieu, monte vers Dieu comme un parfum agréable ; mais aussi pour exprimer que les prières des fidèles parviennent jusqu’au trône de Dieu de façon à l’apaiser et à lui plaire20.

c. La parure de l’autel indique que l’autel chrétien est l’autel du sacrifice eucharistique et la table du Seigneur, que les prêtres et les fidèles entourent, pour célébrer, dans une seule et même action mais avec des rôles différents, le mémorial de la mort et de la résurrection du Christ et pour manger le repas du Seigneur. C’est pourquoi l’autel se présente comme la table d’un banquet sacrificiel et reçoit une parure de fête. L’ornement de l’autel signifie clairement qu’il est la table du Seigneur où tous les fidèles se rassemblent dans la joie, pour se restaurer avec la nourriture divine que constituent le corps et le sang du Christ immolé.

d. L’illumination de l’autel signale que le Christ est la « lumière pour éclairer les nations païennes »21, dont la clarté fait resplendir l’Église et par elle toute la famille des hommes.

Célébration de l’Eucharistie

L’autel une fois paré, l’évêque célèbre l’Eucharistie, ce qui est la partie principale de tout le rite, et aussi la plus ancienne22. En effet, la célébration de l’Eucharistie est en relation très étroite avec le rite de la dédicace de l’autel :

- c’est par la célébration du sacrifice eucharistique que l’on atteint la fin pour laquelle l’autel a été construit, et que cette fin est manifestée clairement ;

- en outre, l’Eucharistie, qui sanctifie les cœurs des communiants, consacre en quelque sorte l’autel, comme les pères de l’Église l’ont affirmé plus d’une fois :

« Cet autel est digne d’admiration parce que, étant une pierre par sa nature, il devient saint après avoir reçu le corps du Christ »23

- enfin le lien qui unit étroitement la dédicace de l’autel à la célébration de l’Eucharistie apparaît aussi du fait que la messe de la dédicace est dotée d’une Préface propre qui fait intimement partie du rite.